Séverine Vasselin, le paddle contre la pollution

Par Nikola B

SÉVERINE VASSELIN A GRANDI EN NORMANDIE, mais c’est de l’autre côté de la Manche, au bord de la Tamise, qu’elle vit actuellement. Actrice internationale, elle est aussi à l’origine de la fondation WaterTrek, pour sensibiliser et inciter le plus grand nombre à protéger les océans, mers et rivières. Un engagement, chevillé à l’âme et qu’elle défend aussi fièrement qu’un preux chevalier… A ceci près que ce n’est pas du haut d’un destrier que Séverine mène croisade, mais perchée sur son paddle.

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Séverine  est une « voileuse » qui a découvert le paddle « par hasard », il y a six ou sept ans. Enfin, c’est ce qu’elle dit ! Car de hasard, il n’en plus vraiment question aujourd’hui… Sa pratique du paddle revêt même beaucoup de sens. Avec son association, elle organise en effet, depuis trois ans, des grands nettoyages, sur les cours d’eau des zones urbaines. Paris, bientôt Londres, les stand-up paddlers de WaterTrek sont devenus les nouvelles sentinelles de la pollution des eaux en milieu urbain. Armés de pinces, de filet et d’une bonne dose de bonne humeur et de fun, ces bénévoles récupèrent des déchets flottants inaccessibles depuis les berges. Une présence sur l’eau qui intrigue souvent les badauds et frappe les esprits. Mais une présence qui fait aussi de plus en plus d’émules, en plus de faire du bien à notre environnement. « Le paddle, c’est l’intrusion de la mer dans la ville. C’est bien de rappeler aux urbains que l’eau est essentiel » glisse Séverine. Et elle en sait quelque chose, elle qui partage sa vie entre Londres, Paris… « Quand je suis en ville, je cherche toujours un point d’eau. J’ai besoin d’être connecté. L’élément eau me fait du bien ». Ses connaissances, ses contacts voient souvent Séverine comme une businesswoman qui gère sa carrière d’actrice et sa fondation entre deux trains, deux bateaux… Mais en réalité, l’enfant du pays de Caux puise sa nature profonde dans l’émerveillement, la contemplation. « La tête dans les étoiles…. Sûrement ! Mais les pieds sur terre » ajoute-t-elle.

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Ermite et visionnaire

Cet enracinement à la terre d’où elle tire une énergie folle, Séverine le doit à ses grands-parents maternels. « Ils étaient paysans dans le pays de Caux. Ils ne regardaient pas trop vers la mer. Ce n’était pas leur horizon. Mais ils m’ont sensibilisé à la vie au plein air. A la nature ». Le lien à l’eau, c’est plutôt du côté des grands-parents paternels : « Ils habitaient dans la Manche. » Un bout de terre presque « insulaire », où Séverine découvrira à l’âge de 20 ans les plaisirs de la voile. « C’est un de mes ex qui m’a initié. Ca été une révélation… » Le vent, la vie loin des côtes, le rapport si intense à l’instant présent, « j’ai compris en mer, ce que voulait dire lâcher prise ». Ce décentrement lui ouvre de nouvelles perspectives. « J’ai ressenti à quel point une sensation de flottaison faisait du bien au corps et à l’esprit. Je me suis également intéressée à toute une vie qu’on ne voit pas forcément, mais qui se déroule sous la coque du bateau, au fond des mers… »

Sans être militante écologiste ou activiste, Séverine Vasselin acquiert au fil du temps, de ses lectures, de ses voyages, de ses expériences, la profonde certitude que nous avons besoin de nous reconnecté à la nature. Elle, la citadine, cite Cousteau : « On protège ce que l’on aime » et enchaîne : « La nature c’est nous. Nous sommes l’environnement. Si tu détruis ton environnement, tu détruis forcément des parcelles de toi. Donc, tu ne peux qu’être concerné. »

Parfois ermite, parfois visionnaire, souvent entreprenante, Séverine est une femme au caractère trempé dans un alliage tout droit sortie de la cosmologie taoïste, à la fois Ying et yang.

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Du film à la réalité

Poursuivant sa carrière d’actrice, la Normande a l’idée de monter des films dans lesquelles elle sensibiliserait les téléspectateurs aux enjeux environnementaux et principalement aquatiques. « J’avais animé une série qui s’appelait les randonnées africaines pour la chaîne Escale. On voulait décliner le même type de film en paddle. » C’est là qu’est née l’idée de créer la fondation : « Nous voulions commencer à fidéliser notre base de téléspectateur, en les informant. Mais j’avais besoin d’aller plus loin. A l’issue de mes films, je voulais que les gens fassent les mêmes parcours que je faisais sur l’eau. Je voulais qu’ils voient ce que je voyais… » Le passage à l’action devient alors une évidence. «  A force de développer des projets, de créer une communauté, faire le film est devenu secondaire. Mobiliser la communauté, faire de la pédagogie était prioritaire. Aujourd’hui, WaterTrek se positionne d’ailleurs comme une structure d’éducation environnementale. »

Les territoires de la fondation, soutenue par Nicolas Hulot, ont été définis assez clairement : protection de l’environnement et développement personnel. «  Je me sens bien donc je prends soin des choses qui m’entourent. Et réciproquement quand je suis dans un endroit naturellement sain, je me sens mieux » détaille Séverine Vasselin.

Pour elle, le paddle est l’arme utile et peut être même ultime dans ce combat. « Si l’on rame dans un endroit dégoutant et que l’on tombe à l’eau, on subit les pollutions de manières directes et concrètes. Je l’ai vu avec des adolescents de banlieue que j’ai mis sur des paddles, il n’y a pas eu besoin de discours, ils étaient nez à nez avec le réel. Les bouteilles, les détritus… Ils se rendent naturellement compte que cela n’a rien à faire ici. Avec le paddle, on est plongé dans le beau ou dans le sale. C’est un choc frontal ».

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Depuis plusieurs années maintenant, WaterTrek met des paddlers à l’eau en France, en Europe mais aussi en Asie. La prochaine action aura lieu le 27 mars 2016, à Paris, au bassin de la Villette : « quinze paddlers seront autorisés à naviguer, les autres pourront participer à la collecte à pied et participer aux animations à quai. » Sur cette opération WaterTrek est en partenariat avec Surfrider Paris et c’est pour Séverine, une bouffée d’oxygène : « Ce genre d’événement est très lourd à organiser. Autorisations, financement du dispositif de sécurité, mobilisation des bénévoles… J’apprécie quand il y a de l’aide ». D’autant que ce n’est pas les projets et les contacts qui manquent chez WaterTrek. Un gros événement, une première même, risque de mettre l’équipe à rude épreuve fin septembre : « On prépare une course de relais en paddle sur la Tamise. Et huit nettoyages seront prévus sur six jours ». Ajoutons à cela, les opérations en méditerranée et les diverses projets pédagogiques à mettre sur pied et vous aurez compris pourquoi Séverine ne dort pas beaucoup en ce moment. « Heureusement, Alexandre, mon bras droit, m’aide… » N’empêche que la Normande l’avoue sans mal : «J’atteins le seuil en termes de quantité de travail. Maintenant, il faut que je trouve des fonds pour en faire une structure qui puisse s’inscrire dans le temps. Il y a des gens qui vont m’aider à mettre en place une meilleure stratégie. Compte tenu de notre domaine d’action, c’est faisable. »

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50 ans pour rétablir la donne

Faisable et nécessaire. 75 % de la pollution marine des océans est d’origine continentale, c’est-à-dire qu’elle provient des activités humaines sur les continents. Les divers polluants sont entraînés par le cycle de l’eau des continents vers les océans par les cours d’eau et les rivières ou les nappes phréatiques souterraines. Tout le monde a par exemple aperçu des bâtonnets blancs de sucette traîner sur les plages sans trop se demander ce qu’ils faisaient là. Ce sont en fait des cotons tiges jetés dans les WC qui passent à travers les grilles des stations d’épuration et se retrouvent dans les cours d’eau, puis les océans.

Selon une étude de la fondation Ellen Mac Arthur et du Forum économique mondial, la plastification des océans s’intensifie : « En 2050, la masse totale des déchets plastiques pourrait dépasser celle des poissons si rien n’est envisagé ». A ce jour, les océans comptent plus de 150 millions de tonnes de déchets plastiques.

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Le tableau est noir, mais l’horizon n’est lui pas encore complètement bouché si l’on en croit Romain Troublé, le secrétaire général de Tara océan : « Si nous cessons aujourd’hui de laisser du plastique dans les océans, dans 50 ans, nous aurons retrouvé l’écosystème de départ ». Un rêve fou ? Gageons que oui ! Mais à ne pas croire en ces rêves, l’homme finit par subir sa vie….

Séverine Vasselin a, elle, décidé d’apporter sa part, suivant la désormais célèbre parabole du colibri. Et nous trouvons son initiative terriblement opportune et efficiente. C’est pourquoi Bonze Report à décider de la soutenir, ainsi que tous les projets portés par WaterTrek ! Vous aussi, rejoignez le mouvement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. NedRihn dit :

    Beau parcours !

    J'aime

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