Alpine lakes tour, le SUP des lacs alpins

Interview Nikola B.

« C’EST CERTAINEMENT L’UNE DES PLUS BELLES SERIES DE COURSES  AU MONDE». Voilà ce qu’écrit le magazine de référence américain Supracer, à propos de « l’Alpine lakes tour ». Un sacré compliment à l’adresse du créateur de l’événement, Benoît Mouren. A 43 ans, ce touche à tout du sport, spécialiste de l’Internet, a monté son camp de base de SUP sur une petite commune de la rive Est du lac d’Annecy (74), à Sevrier. C’est ici, au « NCY SUP Center », près de la demeure familiale, qu’il nous a donné rendez-vous, pour nous parler de son bébé…

« Vous verrez, c’est assez simple. Vous passez la plage de Sevrier, il y a un panneau « NCY SUP location de paddle » au bord de la route principale. Vous le suivez, vous traversez la piste cyclable et vous serez arrivé… » Assez « simple », mais un rien tortueux pour le conducteur néophyte ! Heureusement, ce n’est pas notre cas et c’est donc sans encombre que nous foulons les terres du créateur de « l’Alpine lakes tour », série de courses de Stand-up paddle sur les eaux des plus beaux lacs alpins.
Au bord de l’eau et entre trois planches de la marque Redpaddle, Benoît nous sert un café. « C’est bon ce matin, le lac est calme. Les conditions sont parfaites. Mais ça va tourner. Le vent va se lever vers midi ». Un vent froid, la « Bise ». Il souffle depuis deux jours déjà sur Annecy. Benoît veut en profiter, il a prévu un downwind vers 16h. Juste le temps de bavarder un peu.

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Benoît, tu peux nous raconter ton histoire. Je crois que tu viens de l’internet… Comment un type qui surfe sur le web en vient à glisser sur un lac ?
L’histoire a démarré il y a quelques années, avec Widiwici*, un réseau social consacré aux sports. Je l’ai lancé après avoir fait un Master spécialisé à l’EM Lyon sur Internet. C’était le tout début du web 2.0. You Tube se mettait en place. Facebook existait mais personne ne l’utilisait encore vraiment. Le sujet à la mode, c’était les blogs… Ca a bien marché, nous rassemblions une communauté de 10 000 personnes. La plateforme était multisports, ça allait de la pelote basque à la pétanque sous-marine. Moi, je touchais aussi à tout : ski, ski nautique, planche à voile, wake… Et en 2004-2005, le paddle a commencé à venir sur le devant de la scène. A l’époque, j’étais à Lyon. On s’amusait à traverser le Rhône avec de vieilles planches à voile et une pagaie.

 

Quand tu as quitté Lyon, tu es allé au Bourget du lac (73) en pépinière d’entreprises et puis à Annecy…
Oui, c’est vrai. Je suis venu à Annecy pour me rapprocher des marques. En 2010, Naish lançait son « Naish Stand up paddle tour », avec plusieurs étapes en France. J’ai entendu dire alors, par les différentes connexions que j’avais, qu’ils voulaient faire une étape à Annecy et que la ville avait dit « non ». J’ai immédiatement pensé qu’Annecy ne se résumait pas à la ville d’Annecy. Il y avait d’autres endroits… A l’époque, je ne m’en suis pas directement occupé. Quelqu’un qui travaillait avec moi a pris le dossier en main… Finalement, ils l’ont fait à Sevrier. C’était la toute première course de stand up paddle sur le lac d’Annecy. Le parcours allait de Sevrier à Duingt et il y avait une quinzaine de participants.

 

C’est à ce moment-là que tu as compris qu’il y avait quelque chose à faire autour de la pratique du SUP à Annecy ?
Le SUP m’intéressait parce que la pratique était très accessible. Mais je me suis assez vite trouvé confronté à des problèmes de matériel. C’est pourquoi j’ai organisé les premiers tests matériels sur Annecy en 2012. Je n’avais fait aucune publicité sur l’événement, sinon sur le site de Widiwici. Le jour j, on a eu plus de 100 personnes. C’était incroyable… C’est là que j’ai vu que les gens accrochaient. Après ça, j’ai commencé la location, ici, sur mon terrain. J’ai acheté tous les types de matériels existants. Je voulais comprendre ce sport, son potentiel… La première année, je ne pensais pas à organiser un événement. J’étais centré sur les activités que je pouvais proposer. On a lancé le yoga paddle par exemple.

 

Et ensuite…
Un soir, il était quoi… 19h, je vois quelqu’un débarquer avec un petit dossier sous le bras. Je me dis mince, qu’est-ce qu’il me veut celui-là… Il se présente, Stéphane Victor, et me raconte qu’il voudrait organiser une course de SUP : « J’ai regardé sur Internet et je suis obligé de passer par Widiwici ». Je lui ai dit que s’il voulait faire quelque chose, il fallait que l’on parte en partenariat. On s’entend et je monte le dossier avec lui. Je m’occupe de la com’, des flyers, des marques et lui de la logistique de la course, puisqu’il avait déjà un club de voile à Annecy-le-Vieux. Il obtient assez facilement les autorisations et la course se déroule. Il y avait une 5 km et une 10 km. On partait d’Annecy-le-Vieux, on allait jusqu’au port de Veyrier et on revenait. Cinquante personnes s’étaient alignées au départ. C’était pas mal pour une première…

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Pourtant tu n’as pas continué avec lui. Que s’est-il passé ?
Oui, nos relations se sont distendues… C’est là que j’ai eu l’idée de créer un circuit de courses. Au départ, je voulais faire quelque chose sur les trois lacs : Annecy, Léman et Bourget. J’ai contacté les clubs et/ou personnes qui organisaient des courses. Très vite, je suis tombé d’accord avec Serre-Ponçon et le lac du Bourget. A Annecy, j’avais décidé de créer ma propre course au printemps. Et après discussions avec quelques contacts et amis, j’avais un feu vert pour organiser une course sur le lac de Roslend dans le Beaufortin et sur le lac Léman. Enfin, je croise des types d’ « Open riders » qui me disent qu’ils font un festival de musique à Chens-sur-Léman et que l’on pourrait faire quelque chose ensemble. Résultat, on a fait six étapes la première année (Annecy, Chens-sur-Léman, Genève, lac de Roselend et lac du Bourget, Serre-Ponçon). Et en octobre, on a organisé une finale sur le lac des Confins à La Clusaz. Il avait neigé la veille et le jour J, on a eu un super temps. Les participants étaient ravis. C’était incroyable !

 

Le circuit de « l’Alpine lakes tour » est donc né en 2013. Tu fais six étapes la première année et onze la deuxième. Comment t’explique ce rythme fou ?
Bon, c’est vrai que tout le monde avait apprécié. Les concurrents étaient heureux et les communes ont vite vu que ça pouvaient leur profiter. Alors, on a commencé à avoir de plus en plus de demandes.
En 2014, on a redémarré sur le lac des Confins, au mois d’avril. Ils avaient tellement adoré qu’ils nous avaient dit : « Revenez pour Défi foly ». Le truc, c’est que le lac était encore glacé. Les gars ont donc cassé la glace pour que la course puisse se faire. C’était assez génial… On a fait cette course sous forme de sprint. Mais c’est resté confidentiel. Il y avait 18 participants. Reste que les gars qui ont participé ont adoré. Le lendemain, il reneigeait.

Après, on a eu des soucis sur les étapes, à cause du niveau d’eau sur certains lacs. Résultat, on s’est retrouvé sur le lac de Laffrey (Sud de Grenoble). C’était sympa. Il commençait à y avoir du niveau. Les participants s’entrainaient régulièrement. Je me souviens que Jérémy Teulade avait gagné les deux premières courses. Sur l’étape du lac de Laffrey, il y avait les deux frères Teulade et le grand-père. Le prix était un baptême en hélicoptère. Ils avaient pu emmener l’après-midi même leur grand-père dans les airs. Ca a été un chouette moment pour eux.

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Tu as monté une course assez unique et qui cartonne : la « Glagla race ». Tu nous en touche un mot ?
La « Glagla race », je ne l’ai pas encore intégrée au circuit de l’ « Alpine lakes tour ». Au début, c’était une course test. Je voulais faire une épreuve en hiver, car le lac est magnifique et les conditions peuvent être excellentes. Je pensais juste que personne n’accepterait de me donner les autorisations. Et un peu par hasard, en croisant les bonnes personnes, ça s’est fait. La première année, nous avions 40 inscrits. Certains étaient venus de Paris. Du coup, on l’a reconduite l’année dernière. J’ai changé d’endroit et fait un départ depuis la commune de Talloire. On avait posé des autorisations pour 100 partcipants et on a été 100. Les gens sont venus de Suisse, d’Italie, des Etats-Unis et de la France entière. Le matin, le temps était super, avec un lac calme. Un très beau glacis… L’après-midi, pour la partie Beach race (passage à terre), il s’est mis à neiger. C’était fabuleux… On va réfléchir à l’intégrer à l’ « Alpine lakes tour » en 2016.

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Il y a une autre course qui a fait son petit effet cette année, la « Bat race »…
On cherche toujours des idées nouvelles. Quelqu’un du club vient me voir et me dit qu’il y a un super lac souterrain à Saint Léonard en Suisse. Marc Nava que je connais bien voulait aussi faire une course dans un lac souterrain. On a donc été discuté avec les responsables.

Le 15 mars, la course était au calendrier de l’ « Alpine lakes tour ». Compte-tenu de l’endroit, nous ne pouvions pas prendre plus de quarante inscrits. Il n’y avait pas de passe-droits. On a ouvert les inscriptions et deux minutes après, c’était plein. Je n’y croyais pas.

 

Le circuit va être de plus en plus côté. Tu t’attends à voir débarquer des grands noms du SUP les prochaines années ?
L’année dernière Titouan Puyo devait venir et au dernier moment, il n’a pas pu. Ca se fera peut-être… Y a des gars de l’équipe de France qui viennent aussi, comme Vincent Verhoeven, par exemple. C’est super… Mais attention ! « L’Alpine lakes tour », c’est trois dimensions. Une dimension compétition, on vient de l’évoquer. Mais aussi une dimension découverte. S’engager sur ce circuit, c’est venir découvrir des lieux, des paysages, une expérience. Et une dimension sociale. Nous avons une communauté de pratiquants. Ils se connaissent. Certains sont devenus amis. Et les nouveaux doivent enrichir cela. Pour moi, les trois dimensions sont importantes. Et ça, je le tiens de mon histoire avec Widiwici.

 

Certaines de tes courses donnent des points pour le championnat de France. Tu as de bonnes relations avec la Fédération française de surf ?
L’année dernière, il y un journaliste de Surf session qui débarque et me pose la même question. Avant cela, on ne s’y était jamais vraiment intéressé. On a regardé et on s’est aperçu que les formats de nos courses correspondaient aux prérequis de la fédé. Alors, on a pris contact. De toute façon, il n’y avait pas de contrainte pour nous. On est allé les voir à Hossegor… Suite à ça, la « Glagla race » a été homologuée. Sur les autres courses, ils nous ont dit « oui » sur le principe… On n’a pas encore les homologations, mais elles devraient tomber au fur et à mesure qu’on les demande. Seules les courses de sprint ne donneront pas de points pour les championnats de France. Les critères minimums sont 10 km pour une longue distance, 5km pour une beach race avec trois passages à terre.

 

 

*Widiwici : réseau social multisports qui fédère les passionnés de sport (http://www.widiwici.fr/). Actuellement en sommeil, la plateforme cherche un nouvel élan.

« NCY SUP Center » : http://location-stand-up-paddle-annecy.com Si vous êtes de passage à Annecy, Benoît vous attend de bon matin pour une « suée » sur le lac

Alpine Lakes tour : http://www.standuppaddlelaketour.com Pour tout savoir sur le circuit des lacs alpins

Etapes 2015

  1. Bat race, Saint Léonard (Suisse), samedi 14 mars
  2. Stratoriver  (Annulé)
  3. Lac d’Aiguebelette, le dimanche 17 mai
  4. Lac d’Annecy, les 13 et 14 juin
  5. Lac du Sautet, le 5 juillet
  6. Lac de Roselend, le 18 juillet
  7. Lac de Tignes le 19 juillet
  8. Lac Léman (Sciez), le 1er août
  9. Lac Léman (Genève), le 2 août
  10. Romandie – Montreux – Suisse, le 22 août
  11. Romandie – Lac de Joux – Suisse, le 23 août
  12. Lyon Kayak & SUP – Lyon – France, les 19 et 20 septembre
  13. Canal de Savière – Savoie – France, le 10 octobre.

 

Circuit 2016 (voir notre article sur la Glagla Race)

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