« Surf culture » avec Alain Gardinier

Interview Nikola B.

IL Y A DES VIES QUI EN VALENT MILLE… Et même s’il le nie, Alain Gardinier fait partie de ce cercle très fermé de personnes qui ont traversées l’Histoire en la tutoyant. Miki Dora, Laird Hamilton, Kelly Slater, mais aussi les Rolling Stones, Madona… Ils les a tous côtoyés. Parfois, il les a même confessées. Etonnant paradoxe pour ce non-catho qui s’est vue offert comme cadeau à sa première communion, une planche de surf !

poirier parlementia (Photo Aur--lie Cassayas) - copie.jpeg

Alain Gardinier a signé« Surf culture » aux éditions Atlantica. Un ouvrage consacré à son sport favori et préfacé par son ami, Laird Hamilton. Très bien documenté, avec des photos originales et des documents inédits, le journaliste basque nous balade dans le temps et l’histoire de la « surf culture ». Des époques personnifiées par Duke Kahanamoku (début du XXe siècle), John Severson (années 60) et Laird Hamilton (aujourd’hui). « La culture surf m’intéresse. J’adore prendre des vagues, mais j’aime aussi ce qu’il y a autour. C’est quand même le seul sport au monde qui a généré des musiques, des films, des BD, des fringues… » lâche le journaliste, réalisateur et écrivain. RENCONTRE.

Alain, t’as eu une vie incroyable. Rétrospectivement, de quoi es-tu le plus fier aujourd’hui ?
C’est drôle que tu me dises ça car j’ai l’impression d’avoir rien fait ! Je me suis amusé, j’ai fait quelques émissions, des bouquins… mais par rapport à plein de gens que j’admire, je suis un nain. Non, il n’y a rien qui mérite vraiment de la fierté dans ce que j’ai fait. Je n’ai pas inventé de vaccins…

En 1977, tu débarques à Paris. T’es alors un jeune homme passionné par le surf et la musique. Tu nourris quel rêve… Tu sais déjà que tu veux devenir journaliste ?
Pas une seconde. Je ne savais même pas que je pouvais écrire trois mots. Moi, je voulais faire un métier qui m’amusait et surtout, je ne voulais pas mettre de costard cravate. Quand j’arrive à Paris, je me lance dans des études d’audiovisuel, car je trouvais ça marrant. Un jour, un monsieur me propose de devenir stagiaire sur des longs métrages. J’ai accepté et c’est comme ça que je suis devenu assistant réalisateur sur des films. C’était mon premier job mais je n’étais que stagiaire au début…. J’étais passionné ! J’ai trouvé ça vachement intéressant.

Et ensuite… T’as fait des rencontres qui t’ont permis de publier tes premiers reportages ?

Non. J’aimais bien faire des photos. Je les proposais à des magazines. Un jour, j’ai montré un reportage sur les baleines à bosse en Nouvelle Angleterre à un type d’un magazine qui n’existe plus, « Oséan ». J’avais des photos superbes, mais le type m’a dit : « Bon, c’est bien tes photos mais c’est quoi l’histoire ? ». Je suis rentré, j’ai emprunté une machine à écrire à une copine et j’ai tapé un article. Je me suis dit alors : tiens faire des photos de baleines, c’est moins dur que d’être sur des tournages et de se lever à 5h du mat pour garder des places de parking pour l’équipe technique. Et c’est parti comme ça !

C’est là que t’as eu l’idée d’écrire sur le surf ?
Du surf, j’en ai toujours fait. Je connaissais bien et les gars à Paris ne connaissaient pas. Je leur ai donc proposé de faire des articles. Ils m’ont dit ok. Alors, j’en ai fait un, deux, trois, quatre et un jour on m’a dit : pourquoi tu ne ferais pas un livre sur le surf ? Un livre, je n’en avais jamais fait. J’ai essayé et voilà… La vie c’est un peu le hasard.

Je ne suis pas passionné par les spots, ni par les vagues, ni par les planches. Moi ce que j’aime ce sont les gens, les histoires. Je me suis retrouvé à filmer, à écrire sur le surf parce que j’aimais bien raconter ça. Je rencontrais des gens pas possibles qui voyageaient dans des endroits incroyables…

Et la musique ?
C’est la même histoire que la baleine. J’étais à tous les concerts et je faisais des photos. Un jour, un type m’a dit : « elles sont sympas tes photos mais tu devrais écrire une histoire. Je l’avais fait pour les baleines, je pouvais bien le faire pour les musiciens. Je suis retourné voir ma voisine Nicole pour lui emprunter de nouveau sa machine à écrire. J’ai proposé l’histoire et ils l’ont publiée.

Jagger

C’est assez incroyable…
J’aimais faire parler les mecs, raconter ce qu’ils vivaient. C’était vraiment sympa… Je suis quand même tombé sur des cocos fantastiques. Je sortais de Bayonne et je me retrouvais en tournée avec les Stones. Des fois, je me pinçais. Six ans auparavant, je les écoutais dans ma chambre et là, j’étais à côté d’eux. J’en n’avais même pas rêvé, c’était fou ! Quand je revenais surfer à Biarritz, mes copains me disaient : tu étais où cette semaine ? Je répondais par là… Je n’allais pas leur dire que j’étais en tournée avec Madonna aux Etats-Unis. J’avais une chance de dingue !

Ce n’était pas difficile de garder les pieds sur terre ?
Non. Ce n’était pas moi la star. C’était eux, les chanteurs,… Moi j’étais juste le type qui racontait. Je mesurais ma chance. Et puis du moment que je pouvais revenir surfer ici, je m’en foutais !

Justement, en parlant de surf, tu te souviens de ta première vague ?
Ma première vague… Non, je ne me souviens pas. Je sais que c’était à Anglet, à la « Chambre d’amour », parce que c’est là que mon cousin avait son surf club. J’étais inscris avec des copains. On était les plus jeunes. On a avait 12 ans et on bataillait dur pour prendre des vagues. Personne ne nous a vraiment aidés. Maintenant, on commence le surf vachement tôt, mais à l’époque, on surfait bien plus tard. Y’avait pas de cours, pas de prof, c’était au bon vouloir de la famille, de l’oncle… Maintenant ça m’hallucine quand je vois des gamins de 7-8 ans surfer comme des malades. Je trouve ça génial !

 Il paraît que t’as eu ta première planche de surf lors de ta première communion. Tu confirmes ?
Mes parents était catho, alors que moi pas une seconde ! J’ai fait mes communions et quand j’ai vu mon cousin Jacques qui était président du « O surf club » arriver avec une planche de surf en cadeau, j’étais trop content. Ce n’était pas la planche du siècle… On était déjà au shortboard et c’était un longboard qui devait peser 30 kg. Je n’ai jamais pu la soulever (rire). Mais c’était génial d’avoir une planche.

A l’époque, les gamins rêvaient de devenir surfeur professionnel ?
Non. Dans les années 60, tout le monde s’en foutait. Le surf, c’était encore un sport embryonnaire. A l’époque, ça se pratiquait l’été et puis c’est tout ! A part le surfeur Jo Moraïz, il y avait rien ici.
La génération au-dessus de la mienne a vu arriver les premiers américains. Le surf a vraiment pris dans les années 70. Moi, j’avais un combi Volkswagen où je mettais les planches, les vieilles combinaisons et les baskets. Avec les copains, on partait trois mois : en Espagne, au Portugal.

Aujourd’hui, tu surfes où ? Présente nous ton spot quotidien.
Mon spot, c’est Parlementia. On dit que c’est la vague de Guéthary, mais en fait, c’est sur la commune de Bidart. C’est un reef-break, une droite alors que je suis goofie (rire). C’est une vague qui peut se surfer petite et là, je prends mon Stand-up. Mais c’est aussi une vague qui peut se surfer beaucoup plus gros et là, je prends mon longboard ou un gun. Elle ressemble à Sunset Beach à Hawaï mais elle est moins puissante. C’est une vague qui a beaucoup d’épaule et qui emmène bien. Elle peut être très creuse à marée basse et autorise tous les types de surf. C’est ce que j’aime.

Alain drop maldives


Tu surfes tous les jours ?
Je n’habite pas loin, alors je surfe quand j’ai envie. Avec l’âge, on est moins au « taquet »… Quoi que j’ai des potes qui sont pires qu’avant ! Enfin, j’y vais quand même souvent. Très souvent même. Mais s’il se passe dix jours sans vagues, je ne me formalise pas. Avant, j’aurais « pété les plombs ».

C’est quoi une session parfaite pour toi ?
Une session où mon spot marche bien et où il y a les copains. Ça arrive encore !

 

Tu voyages toujours ?
Beaucoup moins. Pour le surf, je suis allé dans des lieux paradisiaques. En faisant des films de surf, je me suis retrouvé sur des spots incroyables et je me disais : je comprends que les mecs deviennent fous de ces endroits. Il y a des vagues qui sont vraiment mythiques. Quand on surfe Jeffreys Bay… C’est une droite magique. Cette vague est sans fin et le paysage juste incroyable. Jeffrey’s Bay, dans la vie d’un surfeur, c’est une halte essentiel. Plus qu’Hawaï… Hawaï, c’est vachement bien pour regarder les surfeurs pro, mais à moins d’être aussi bon qu’eux, on a peu de chance de les surfer à leur maximum. Alors que Jeffrey’s Bay, Restaurants à Fidji ou Malibu, c’est extraordinaire.

Si vous allez en Australie, allez surfer en Australie de l’Ouest. Tout le monde va sur la Gold Coast en Australie de l’Est, alors qu’à l’Ouest, en dessous de Perth, vous avez moins de monde, des locaux sympas et des paysages sublimes.

 L’environnement, la préservation des océans, tu te sens concerné ? Tu t’investis ?
Je m’en préoccupe. Pour ce qui est de la situation générale de la planète, c’est plus qu’inquiétant. Mais quand j’observe le littoral, c’est mieux. Quand j’étais gamin, après les tempêtes, les plages étaient bondées de plastiques, de goudron… Aujourd’hui, vous avez quelques filets de pêche, un peu de bois. Je me souviens que mes parents nous nettoyaient les pieds avec de l’huile pour enlever le goudron. Sur la plage des basques, il y avait un robinet à huile ! Tout cela n’existe plus aujourd’hui. La prise de conscience individuelle est réelle. Les gens sont plus responsables, font plus attention. Je me satisfais de ça. Mais je sais aussi que plus globalement, la situation est une catastrophe absolue.

Quel est ton regard sur la presse surf en France. A-t-elle changé avec la multiplicité des supports (blogs, réseaux sociaux…) ?
Je répète toujours que le surf n’intéresse qu’une minorité de personnes. Ca fascine les gamins qui viennent passer 15 jours l’été. Des mecs qui surfent toute l’année, il n’y en a pas tant que ça. Il y en a plus qu’avant mais quand même… Quand je regarde les sites ou les journaux, je n’ai pas l’impression d’apprendre des choses nouvelles. Tout le monde fait la même chose. Je préfère à la rigueur les sites locaux qui racontent des histoires locales. Malgré tout, je lis Surfeur journal.

 

Vous pourriez également aimer d’autres livres d’Alain Gardinier :

Le Gardinier quizz !

La plus belle personne du milieu surf ?
Gerry Lopez, sans hésitation

Le livre que tu conseilles ?
Surf City de Kem Nunn. Tous les livres de Kem Nunn sont bons. J’aime bien aussi les bouquins de Don Winslow.

Le meilleur documentaire surf ?
Riding giant, ce documentaire était vraiment intéressant et moderne.

Une musique ?
Moon dance de Van Morisson

 

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