Le kite autrement avec Marcel Sachet

 

Reportage Nikola B.

« JE SUIS AUTREMENT COMME TYPE » sourit Marcel Sachet, attablé au café-restaurant qui jouxte son camp-école de kitesurf. Installé au bord du lac Léman, à quelques kilomètres de la Suisse, ce jeune retraité d’EDF n’est effectivement pas un moniteur comme les autres. D’abord, parce qu’il est le seul à 200 kilomètres à la ronde… Mais aussi, parce qu’il propose un enseignement itinérant et individuel. Fort de ces spécificités, il ne pouvait pas mieux faire que d’appeler son école : « Kite Autrement ».

Marcel en kitefoil

Ne cherchez pas le nom du spot où est installé Marcel, il nous a fait jurer de ne pas le divulguer. C’est comme ça dans le milieu de la glisse, on n’aime pas trop faire la pub de son spot préféré… « C’est magnifique ! Regarde… Au fond, tu as les montagnes. Au printemps, elles sont encore enneigées quand tu navigues. Le spot est très accessible, même quand tu as un niveau moyen et certains jours, tu as des vagues. En plus, il y a de l’herbe pour gréer, l’eau est douce et tu as pied sur environ 150 m au départ. Si le vent était régulier, ce serait le plus beau spot du monde » s’enthousiasme Marcel.

Un problème de vent qui explique pourquoi il est moins sympa de pratiquer ici plutôt qu’à Monteynard, en Isère. Bénéficiant d’un thermique régulier, le lac de Monteynard est devenu en Rhône-Alpes la Mecque des kiteurs et, avant eux, des véliplanchistes. L’année dernière, Marcel a eu 13 jours de navigations potables sur le lac Léman. Cette année, c’est bien mieux, puisqu’il est déjà sorti une trentaine de fois. « Avec le Foil, je peux sortir plus souvent. J’ai besoin de moins de vent (5 nœuds), de moins de surface d’aile et je vais plus vite » confie Marcel, tout en avouant qu’à titre personnel, il ne fait maintenant quasiment plus que du kitefoil. « Mon rêve, c’est d’être suffisamment à l’aise pour aller sereinement dans les vagues, mais ce n’est pas gagné » sourit-il.

apprentissage 3

« C’était vraiment un sport extrême »

Marcel a débuté le kitesurf en 1998 à Leucate : «  Je suis tombé par hasard sur le premier moniteur de France. Je faisais de la planche à voile et il m’a motivé pour essayer. J’ai pris une heure de cours et je suis resté quatre jours avec lui. On a bien sympathisé. Il m’a proposé d’être aide-moniteur, puis de devenir moniteur. Je lui ai dit que le kite ne marcherait jamais, car c’était trop dangereux… » A l’époque, les ailes n’avaient que deux lignes : « On était accroché par les poignets et on ne pouvait pas se décrocher de l’aile en cas de problème. C’était vraiment un sport extrême. »

A l’époque Marcel allait souvent naviguer à Monteynard : « Dans le vent faible, je prenais mon kite et dans le vent fort, je prenais la planche. Je me souviens que dès que je me mettais à l’eau, les planchistes me fonçaient dessus… Ils ne voulaient pas de moi ! Maintenant, c’est drôle, car ils font tous du kite. » Dans son coin, il persévère et affine sa navigation par la pratique. Petit à petit, il délaisse la planche pour ne faire que du kite. Mais s’il a attrapé le virus, Marcel ne pratique encore qu’en loisirs : « je travaillais à EDF-GDF et je ne souhaitais pas lâcher mon boulot ». Reste qu’il passe tout de même son brevet IKO (International kiteboarding organisation). Un brevet reconnu dans le monde entier, « excepté en France. Ici, il faut un brevet professionnel ».

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En 2008, Marcel décide donc de partir à l’école nationale de voile de Quibron : «J’ai passé huit mois de formation avec le moniteur de mes débuts. Et là, j’ai surtout appris que je ne connaissais rien et que je n’étais pas bon. A ce moment-là, j’ai relativisé le diplôme d’IKO qui est finalement plus une méthode qu’un apprentissage de l’élève. » A son retour, Marcel réintègre son entreprise qui est devenu entre-temps, GDF-Suez. « L’état d’esprit avait changé. Ca ne correspondait plus à ce que j’attendais. Le retour a été difficile… » se souvient-il. En 2010, Il saisit donc comme une opportunité l’ouverture dans son entreprise, d’un plan de préretraite. « Je suis parti. Et j’ai immédiatement monté mon école… ». Enfin, presque immédiatement, puisque Marcel va d’abord prendre le large : 15 jours en Bretagne, 15 jours en Vendée. C’est là que lui vient l’idée de monter une école itinérante. « En général, c’est l’élève qui m’appelle. S’il veut un cours de kite, je l’envoie vers l’école du coin. En revanche, s’il veut un cours de Kitefoil, je me déplace. Je ne veux ni gêner, ni être en concurrence avec celui qui se démène localement pour faire vivre son activité. Parfois, ça se passe bien, mais pas toujours… »

Venir m’installer en Bretagne

Compte-tenu de cette itinérance, Marcel quitte le Léman au moins une fois par mois. « C’est compliqué. Il faut que je ménage ma femme » plaisante le kiteur. Mais quand le vent et la mer l’appellent, il est comme happé : « C’est dur de rentrer ». L’itinérance n’est pas très lucrative et s’il se permet cet enseignement, c’est qu’il peut aussi compter sur sa retraite. « L’idée, c’est que ça me paie mon déplacement » souffle-t-il. Avec son van –sa seconde maison- il se déplace entre le Sud et la Bretagne. Mais il a une préférence affirmé pour le pays Bigouden : « En Bretagne, je suis apaisé. J’aime les gens, la nourriture, les paysages. Tout me plaît ici ». A tel point d’ailleurs qu’il a déjà programmé de s’y installer d’ici quatre ans.

En attendant, il continue de découvrir le monde à travers son sport préféré. « Le kite, ça donne envie d’aller voir la mer turquoise » lance Marcel. Lui a déjà visité 48 pays et navigué dans 24 : « L’endroit que j’ai le plus aimé, c’est le Mexique. Quand je pars, je cherche à rencontrer les gens du pays et à naviguer avec les locaux. Si c’est pour rester qu’entre kiteurs, je ne vois pas l’intérêt ». Il est comme ça Marcel, franc et entier !

Au début, ça surprend ! Mais au fond, c’est ce qui en fait un type « autrement ». Un de ses élèves, croisé sur la plage, apprécie ce moniteur atypique : « Il nous fait réfléchir. Il faut que l’on trouve les solutions par nous-même ». Lui est par exemple resté plus d’une heure le bras en l’air, dans l’eau, à essayer de trouver comment enfiler sa board avec une seule main.

Marcel navigue en strapless.jpg

«J’ai choisi de donner des cours individuel. Pour moi, quatre élèves par moniteur, c’est difficilement gérable au niveau de la sécurité. Chaque élève est distant de 30 m de ligne, soit 60 m entre deux élèves et 240 m pour quatre. Donc s’il arrive quelque chose à un élève qui est à 240 m de moi, je ne peux rien faire » explique le moniteur. Les cours individuel lui permettent également d’être en relation plus étroite avec ses élèves : « Je n’ai pas de méthode. Je regarde, j’observe et j’applique en fonction. Le fait d’être en individuel me permet de mieux connaître mon élève et de m’adapter à son langage pour qu’il saisisse plus vite les choses. Je vais essayer de savoir s’il fait de la moto ou du surf, pour lui parler avec des mots qui vont faire tilt ». Et apparemment ça marche ! C’est en tout cas ce que nous avons constaté lors d’un premier cours sur la plage. « J’ai voulu faire autrement et je me suis appelé Kite autrement. C’est une possibilité que je donne, mais ça a un coût. Je prends 75 € de l’heure, soit un peu plus qu’une école classique ».

Aujourd’hui, Marcel dit être débordé par les demandes. « Il y a un engouement… Tout le monde veut faire du kite. » Pourtant, la pratique reste onéreuse : « Ici, il faut trois ailes pour naviguer dans tous les temps. Une aile ça vaut, neuve, 1300 € (moyenne). L’année d’après, elle aura perdu 50 % de son prix. Mais tu peux la garder plusieurs années… même si les kiteurs aiment changer souvent. Il y a un côté « frime » dans ce sport ». A cela s’ajoute la planche (entre 400 et 1000 €), la combinaison (entre 80 et 200 €) et le harnais (80 €). Un gros budget donc !

Sur son spot, à côté de son van, Marcel a lui, déployé quelques ailes et disposé des planches en quinconce : « Depuis 10 ans, je suis leader d’opinion pour FOne. Je présente le matos et je le fais essayer. » De fait, il a une sacré palette d’ailes : « du 4, 6, 7, 8, 9, 10 12 et 17. Quand les élèves arrivent, je leur demande avec quelle aile il souhaite partir. Pour savoir, ils doivent se renseigner sur les conditions météo avant de venir. Et ils doivent aussi comprendre les éléments qui les entourent ». Une exigence que Marcel estime être un minimum, car ce qui l’insupporte ce sont les « kékés » qui viennent apprendre le kite juste parce que ça fait bien. Et oui… Il est franc et entier Marcel. Et c’est pour ça et pour sa gentillesse qu’on vous le recommande !

 

gonflage de l'aile

 

élève et prof

 

le van de Marcel

les board

 

 

 

 

 

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